Quand Sarkozy instrumentalise les droits des femmes

30 Avr

par Alice Loffredo et Martine Storti

De l’égalité entre les femmes et les hommes, il n’a pas été question pendant le quinquennat du Président sortant. La réforme des retraites a accentué les écarts de pension entre les femmes et les hommes, la précarité des femmes a augmenté, la France a reculé dans le classement mondial de la parité, la réforme de l’hôpital a entrainé la fermeture de dizaines de centres IVG et de maternités de proximité …

Pourtant, Nicolas Sarkozy n’hésite pas à instrumentaliser les droits des femmes mais avec un seul objectif : déployer sa stratégie de stigmatisation d’une population et d’une religion.

Cela avait déjà été le cas lors de la campagne électorale de 2007, puis, deux ans plus tard, lors du calamiteux débat, heureusement raté, sur l’identité nationale ; nous avions alors appris que l’égalité entre les hommes et les femmes et la liberté de ces dernières faisaient partie de l’identité française, comme s’il n’y avait pas eu – et précisément contre une certaine France – un long combat pour faire reculer inégalités et discriminations. On se souvient aussi des déclarations du ministre de l’Intérieur Claude Guéant, en février dernier, sur l’inégalité des civilisations. Au cours de l’actuelle campagne, Sarkozy reprend l’antienne, pour mieux conquérir l’électorat du Front national, comme lors de son meeting à Longjumeau, le 24 avril dernier : « toutes ces horreurs, l’excision, nous n’en voulons pas sur le territoire de la République. Ce ne sont pas pratiques culturelles, ce sont des pratiques qui martyrisent les femmes, c’est inacceptable… Je n’accepte pas qu’on enferme les femmes dans des prisons de tissus »

Pas question, bien sûr, de cautionner des pratiques qui en effet ne vont pas dans le sens de l’égalité et de la liberté : l’excision, la burka, l’enfermement, la surveillance des filles et des femmes, le marquage et l’affirmation identitaires à travers le corps des femmes, nous les refusons absolument.

Mais, dans un pays où les femmes gagnent toujours 27% de moins que les hommes, où 75 000 femmes sont violées chaque année, où l’UMP a investi seulement 28% de femmes pour les élections législatives, nous refusons l’externalisation du sexisme sur les seules personnes venues d’ailleurs. Nous refusons le glissement d’un féminisme comme valeur et comme principe à un féminisme identitaire. Nous refusons la conception étroite, nationaliste et exclusive de l’identité française. Nous refusons que les droits des femmes soient instrumentalisés pour servir les thèses qui sont celles du Front national depuis presque 30 ans.

De l’égalité et de la liberté, Nicolas Sarkozy se moque. Pour lui, les droits des femmes ne sont qu’une cartouche dans sa guerre éclair électorale, appuyée sur la xénophobie et le racisme, confondant islam et islamisme, essentialisant l’identité française et la religion musulmane, faisant ainsi le lit de ce qu’il prétend combattre : le communautarisme.

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